Ça nous regarde – 4 juin 2026

la journaliste Marie-Christine Bouillon se penche sur une étude qualitative levant le voile sur le parcours des personnes en situation d’itinérance.

https://ici.radio-canada.ca/ohdio/premiere/emissions/ca-nous-regarde/segments/rattrapage/2393414/etude-sur-personnes-en-situation-itinerance-marie-christine-bouillon

Transcription de L’émission Ça nous regarde du 4 juin, Radio-Canada

00:18:19J’ai 27 ans d’expérience de travail dans ma vie.

00:18:36La plus grosse job que j’ai eu à faire, ça a été de me sortir de la rue.Ça a été la plus grosse job que j’ai eu.

00:18:44L’itinérance, vous l’entendez, c’est loin d’être de tout repos.Ce n’est pas la première fois qu’on traite de cette crise à l’émission.On vous a déjà parlé de chiffres, mais on a aujourd’hui eu accès à une fenêtre sur le quotidien des sans-abri.À Laval, une ville où le nombre de personnes en situation d’itinérance a augmenté de 60 % en trois ans, si on se fie aux données provisoires du plus récent dénombrement en 2025. »L’Observatoire québécois des inégalités a voulu comprendre le parcours des personnes en situation d’itinérance, plus particulièrement celles qui n’ont plus de toit depuis moins de six mois.Marie-Christine Bouillon, notre reporter, a rencontré l’autrice de l’étude et sa père chercheuse qui a vécu des épisodes d’itinérance.C’est d’ailleurs elle que vous entendiez plus tôt en introduction.Marie-Christine, bonsoir.Bonsoir, Madeleine.

00:19:30C’est une étude qui est particulière.parce que ce ne sont pas les chiffres qui sont au cœur du résultat, mais les différentes trajectoires qui mènent à la rue.Comme vous le disiez, la fenêtre qu’on a, c’est ça qu’on voulait.On voulait voir les expériences vécues.C’est une étude qualitative plutôt que quantitative.Donc, la chercheuse et autrice de l’étude Ariane Préfontaine expliquait que l’objectif, c’était…de bonifier justement les rapports comme le dénombrement qui nous donne des chiffres, des statistiques avec lesquelles on peut travailler.Donc, la chercheuse a travaillé avec une paire chercheuse qui s’appelle Karine Léveillé, une femme qui a des études universitaires et qui a vécu des situations d’itinérance au cours de sa vie.Et ensemble, elles ont collaboré avec des membres de la cellule de travail en itinérance de Laval, qui comprend entre autres des ressources comme des refuges, des centres d’aide, des intervenants de la ville, des travailleurs du milieu de la santé, entre autres.Et donc, entre décembre 2025 et février 2026, elles ont recruté 41 personnes qui vivaient en situation d’itinérance à Laval depuis, vous l’avez dit, moins de six mois.Elles ont fait des ateliers au cours desquels il y avait différentes activités.Donc,Ces participants étaient amenés à partager les raisons derrière la perte de leur domicile,les stratégies aussi qu’ils utilisent au quotidien et surtout les solutions qui pourraient venir les aider dans ce quotidien.L’étude expose donc les témoignages recueillis qui démontrent, Madeleine, que les parcours des personnes qui vivent de l’itinérance sont multiples.Voici le reportage que je vous ai préparé.

00:21:01Ça fait drôle.Je n’étais pas revenu à ce parc-là depuis que j’ai mon appartement.Effectivement, là, je suis arrivé tout à l’heure, j’avais des souvenirs de moi au bord de l’eau.J’aimais aller m’assurer au bord de l’eau, regarder l’eau.J’adore la nature, regarder les oiseaux.J’avais un petit côté nostalgique.Puis je suis contente que ce soit derrière moi.Je suis contente d’être assis dans ce parc-là aujourd’hui, d’être rendu où je suis rendu.

00:21:30Karine Léveillé est au début de la cinquantaine.Cheveux courts, taches de rousseur et yeux rieurs, elle dégage un brin de timidité qui s’efface rapidement pour laisser place à un franc parlé.Aujourd’hui, elle ne vient pas se reposer au parc ni écouter le chant des oiseaux.Elle vient expliquer les conclusions d’une étude sur laquelle elle a travaillé avec la chercheuse Ariane Préfontaine.

00:21:50Je suis chercheuse à l’Observatoire québécois des inégalités et je suis autrice de l’étude situation récente d’itinérance à Laval.Comprendre pour mieux prévenir, j’ai travaillé avec Karine Néveillé qui était pas chercheuse.

00:22:02Prévenir pour réduire les risques de se retrouver en situation d’itinérance.

00:22:06La première fois que ça arrive, t’es sur le choc.Je vais où, là?Je vais-tu à la police?Je vais où quand je tombe dans la rue?Fait qu’avoir une meilleure décision de l’information, on parlait autant dans les écoles que dans les lieux propices, peut-être, les hôpitaux.Autant pour la prévention, aussi de donner des outils aux gens, de ne pas attendre que les gens soient rendus trop loin dans le processus et que c’est inévitable de se retrouver à la rue.

00:22:35Karine Léveillé a vécu deux épisodes d’itinérance.Chaque fois, elle a dû apprendre à se débrouiller dans la rue.

00:22:42L’école que vous voyez ici, quand j’étais sur le domicile fixe, je pouvais venir m’abriter lorsqu’il mouillait.L’école était fermée le soir et les fins de semaine.Je pouvais venir m’abriter.J’ai même déjà couché en dessous.Oui, est-ce que c’est couvert, proche des portes, proche des portes d’entrée.Les fins de semaine, ça m’est arrivé de déjà dormir là, parce que je n’avais pas de place au refuge.C’était plus près.Oui, puis il y a un toit.Il y a un toit.

00:23:11La collaboration entre la chercheuse Ariane Préfontaine et Karine Léveillé a été déterminante pour ce projet.

00:23:17Lorsqu’on se présentait en début d’activité auprès des gens,j’expliquais que j’avais vécu d’itinérance et que je travaillais sur le projet de recherche avec Ariane comme père chercheuse, P-A-I-R-Ô.Puis à ce moment-là, on voyait que les gens, tout de suite, ça les saisissait, puis on dirait que ça les mettait à l’aise.

00:23:38Il y a des choses qui ressortaient dans le projet aussi, quand on faisait les sociogrammes avec les personnes, de comprendre comment ils se débrouillent, mais on voyait vraiment toutes les stratégies alternatives que les gens développent.

00:23:47Un sociogramme, c’est une représentation graphique des relations interpersonnelles d’un individu.Pour leurs ateliers, Ariane Préfontaine et Karine Léveillé mettaient à la disposition des participants des images représentant des besoins comme manger, se laver, dormir et du matériel comme des ciseaux, de la colle,des crayons.La chercheuse Ariane Préfontaine.

00:24:07De pouvoir passer par ces méthodes-là, c’est vraiment intéressant.On est allé chercher des nuances.Puis là, je vais essayer de trouver un des sociogrammes.

00:24:13Ariane parcourt l’étude de 80 pages pour trouver une des photos montrant le sociogramme d’une adolescente en situation d’itinérance à Laval depuis un mois.

00:24:22Elle a vraiment utilisé les cordes et là, elle nous explique, on a le visage, une personne avec du fil tout emmêlé au-dessus de la tête.Puis là, elle nous dit le principe du fil, c’est comme si c’était tout emmêlé et quand tu trouves le bout, tu peux tirer le fil et tout se démêle.Même si j’ai eu énormément de ressources pour combler mon besoin affectif, je pense qu’il ne sera jamais complètement comblé parce qu’il y a tellement eu un gros manque dès mon enfance.

00:24:48Le rapport issu du projet de recherche comporte des dizaines de citations de participants comme cette adolescente et leurs profils sont variés.

00:24:56des personnes qu’on a rencontrées avaient moins de 24 ans.Donc ça, c’était vraiment une des trajectoires qui est bien ressortie.Sinon, on voyait toutes les défaillances liées à nos programmes sociaux, à notre filet social, des gens qui étaient prestataires des programmes d’aide financière des derniers recours.puis qui vivaient dans des logements qui étaient inadéquats, qui étaient insalubles, qui étaient surpeuplés, qui vivaient de l’insécurité alimentaire, qui prenaient un repas par jour, par exemple, pour s’en sortir,parce que le montant des prestations était insuffisant pour couvrir leurs besoins de base.Ça, on l’a vu beaucoup aussi.

00:25:33C’est l’une des conclusions de l’étude.Agir en amont auprès de personnes à risque de perdre leur logement ou encore auprès de celles qui sortent d’institutions comme la DPJ ou un centre de détention.Et pour celles qui sont déjà à la rue, créer un meilleur accès aux lieux qui permettent de combler des besoins essentiels.Par exemple, des espaces pour prendre sa douche ou des refuges multiservices pour limiter les déplacements.

00:25:55C’est beaucoup de gestion, puis c’est le fait que ça prend tout ton temps.Ça prend tout ton temps, ça prend toute ton énergie.Faut que là, tu trouves une place où dormir, qu’est-ce que je vais manger, où est-ce que je vais aller chercher cette nourriture-là.Faut que je lave mon linge.Ah, là, j’ai un problème avec l’aide sociale, faut que je me déplace à l’aide sociale.Tout ça entraînant souvent tout son stock avec soi.Ça aussi, c’est pas facile.

00:26:23Une autre solution contenue dans le rapport, donner aux personnes sans domicile fixe un pouvoir d’action.La chercheuse et autrice de l’étude, Ariane Préfontaine.

00:26:31Par exemple, si un nombre minimum de personnes qui ont une expérience vécue d’itinérance peuvent faire partie des conseils d’administration des organismes, être impliquées dans les instances stationnelles qui ont des consultations,être vraiment là dès le début.

00:26:44Enfin, au cœur du problème, le manque de logements abordables à Laval et ailleurs au Québec.De nouveau, la paire chercheuse Karine Léveillé.

00:26:52Lorsqu’on a un toit sur la tête, c’est plus facile après d’aller chercher l’aide, de se reposer chez soi, de guérir.Guérir dans la rue, c’est très difficile.

00:27:03Est-ce que vous êtes guéri, semi-guéri?

00:27:06Je dirais que je suis beaucoup en guérison.Ces dernières semaines, ces derniers mois, je me rends compte que je vais de mieux en mieux.Le fait d’être plus dans l’action, de ne plus être juste à réparer des problèmes que j’avais…que j’avais accumulé lorsque j’étais sans domicile fixe.Bien, j’en ai eu pour longtemps à faire des travaux compensatoires, faire des programmes, régler mes causes en justice.Mais aujourd’hui, tout ça, c’est réglé.C’est derrière moi.Fait qu’aujourd’hui, je commence à construire ma vie.

00:27:43Ici Marie-Christine Bouillon, Radio-Canada, Laval.

Partagez cet article

Actualités

TOUS LES ARTICLES