Plan anti-pauvreté : le ROIL dénonce des mesures insuffisantes

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En 2023, le 4e plan d’action gouvernemental visant la lutte à la pauvreté et l’exclusion sociale s’annonçait ambitieux. Nous l’attendions avec impatience.

Sans conférence de presse et sans annonce, c’est le 21 juin dernier qu’il a été dévoilé (un vendredi). Il est présenté comme un plan d’action évolutif pour s’adapter aux changements rapides de la conjoncture socioéconomique. Préoccupés par les grands besoins à Laval, les membres du ROIL se sont réunis pour en discuter le 11 juillet dernier. Voici leurs constats et préoccupations en réaction au plan :

Commençons par les bonnes nouvelles…

  • Des mesures administratives prévoient de faciliter l’accès et l’ajout de services aux programmes d’aide sociale, de revenu de base et d’objectif emploi ;
  • L’inclusion de l’itinérance dans les réflexions liées aux interventions policières ;
  • Une bonification des mesures en lien avec la sécurité alimentaire.

Les inquiétudes

Contrairement à nos attentes, le plan ne propose pas de réponses concrètes aux graves crises auxquelles le Québec fait face : l’itinérance et le logement. Tout comme le Réseau SOLIDARITÉ Itinérance du Québec (RSIQ), nous avons l’impression de nous retrouver devant un plan qui dépasse à peine « L’exercice de rapiéçage, parfois gênant, avec des mesures disparates et peu cohérentes ». De plus, ce plan d’action ne prévoit aucune reddition de compte ou d’évaluation d’efficacité.

Ce plan comporte des mesures totalisant un peu plus de 4 milliards de dollars, mais après avoir fait des recherches, nous réalisons que c’est seulement un peu plus de 750 millions qui proviennent de nouveaux investissements. C’est 4 fois moins que le dernier plan de lutte selon le collectif pour un Québec sans pauvreté. De plus, près de 45 % des mesures annoncées sont « autofinancées », en d’autres mots, elles ne recevront aucun nouvel argent.

Selon nous, le plan responsabilise les individus pour sortir de la pauvreté, sans offrir un soutien suffisant ni des solutions structurelles. L’accent est plutôt mis sur la sécurité alimentaire et l’intégration rapide des personnes en emploi (environ 80 % des sommes annoncées), au détriment d’autres déterminants essentiels de la santé comme le logement. En effet, nous constatons l’absence de mesures claires pour réduire les loyers et de mesures structurantes visant à protéger et agrandir le parc de logements sociaux. L’accès à un logement abordable est pourtant un des leviers incontournables dans la lutte à la pauvreté. Sans actions concrètes pour s’attaquer à cette question, il sera difficile de remédier efficacement à la crise du logement et par le fait même, celle de l’itinérance. Il faudra inévitablement rattraper ces lacunes, ce qui risque de coûter cher à la société…et aux organismes communautaires qui sont déjà débordés et sous-financés.

De plus, le ROIL est préoccupé de constater :

  • Aucune augmentation du revenu pour améliorer le sort des personnes, sauf l’ajout de 10 % de « supplément de retour au travail » ;
  • Les critères d’accès au Programme objectif emploi restent inchangés ;
  • Une adaptation des services aux réalités des personnes en situation d’itinérance ou à risque de le devenir, mais sans financement ;
  • Aucune mesure ou piste d’amélioration annoncée pour l’accès à la santé n’est associée à un financement. Pourtant, la difficulté d’accès aux soins est considérée comme un facteur de précarisation de la pauvreté ;
  • Le discours général qui contribue à renforcer les préjugés, par exemple : par la survalorisation du retour en emploi, par des amalgames entre l’itinérance et des problèmes comme la santé mentale et la délinquance ; et par l’accent mis sur la mise en action individuelle pour sortir de la pauvreté.

Conclusion

Le plan gouvernemental présente de nombreuses lacunes et semble avoir été élaboré sans une véritable concertation avec les acteurs concernés. Pour être efficace, il doit être repensé de manière plus cohérente, avec une meilleure intégration des conclusions des consultations, des mesures claires pour abaisser les loyers, un soutien renforcé pour les personnes en situation de pauvreté, et une approche différenciée pour la distribution des fonds aux régions. Il est crucial que le gouvernement prenne en compte ces préoccupations pour élaborer un plan plus complet et adapté aux besoins réels de la population québécoise.

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